La chute du Bitcoin n’a (presque) rien à voir avec la guerre commerciale selon certains indicateurs
Tandis que la guerre tarifaire relancée par Washington cristallise l’attention, le bitcoin stagne autour des 85 000 dollars. Certains y voient un lien de cause à effet. Pourtant, cette lecture rapide oublie l’essentiel : ce n’est pas la géopolitique qui freine le marché, mais l’absence de catalyseurs concrets et une redistribution silencieuse des flux vers des actifs jugés plus sûrs. Pour comprendre cette inertie, il faut aller au-delà de cette analyse et suivre les véritables signaux du marché.
L’illusion d’un lien direct entre guerre commerciale et faiblesse du BTC
Le 21 janvier 2025, l’annonce par l’administration Trump d’un tarif de 10 % sur les importations chinoises a marqué une nouvelle escalade dans la guerre commerciale initiée par les États-Unis. Rapidement, certains analystes ont établi un lien direct entre cette tension géopolitique et la stagnation du bitcoin.
Pourtant, les données ne valident pas cette corrélation. Le bitcoin n’a pas réussi à se maintenir au-dessus de 100 000 $ au cours des trois mois précédents, bien avant l’entrée en vigueur des nouvelles mesures tarifaires.
Certains acteurs du marché ont affirmé que les achats de bitcoin d’une valeur de 5,25 milliards de dollars de Strategy depuis février sont la principale raison pour laquelle le BTC s’est maintenu au-dessus du support de 80 000 $.
De plus, dans le même laps de temps, le S&P 500 atteignait un record historique le 19 février, soit trente jours après le début officiel du conflit douanier, ce qui illustrait une dynamique de marché qui ne suivait pas le même tempo que celui du BTC.
L’autre élément qui vient contrecarrer cette lecture simpliste est le comportement des investisseurs institutionnels. Entre le 21 janvier et le 18 février, soit en pleine montée des tensions commerciales, les ETF Bitcoin spot ont enregistré 2,75 milliards de dollars d’entrées nettes.
Cela indique une demande accrue, voire croissante, des acteurs institutionnels malgré le contexte géopolitique. À cela s’ajoutent plusieurs indicateurs clés qui montrent que le prix du BTC évolue indépendamment de la guerre tarifaire :
- Le bitcoin plafonnait déjà sous les 100 000 $ bien avant le début du conflit commercial .
- Le S&P 500 atteignait un plus haut historique, preuve d’une confiance des marchés traditionnels au même moment.
- Les flux vers les ETF Bitcoin sont restés solides, ce qui a confirmé une appétence institutionnelle soutenue.
- Aucune rupture nette dans la tendance du BTC n’a été observée immédiatement après les annonces tarifaires.
- L’analyse comparative avec d’autres actifs, comme l’or ou les obligations, montre que les réactions du BTC s’insèrent dans une logique propre, et non strictement corrélée à la géopolitique.
En somme, les données contredisent l’idée d’un lien mécanique entre guerre commerciale et repli du BTC. Les tensions internationales servent de toile de fond, mais ne constituent ni le déclencheur ni le moteur principal des évolutions récentes du marché crypto.
Des attentes irréalistes, une inflation maîtrisée et une aversion au risque : le vrai trio de tête
Si le rôle des tensions commerciales semble surévalué, une autre série de facteurs explique plus précisément la faiblesse actuelle du bitcoin.
D’abord, l’annonce très attendue d’une « réserve stratégique national de bitcoin » par le président Trump a largement déçu. La promesse initiale, évoquée lors de la Bitcoin Conference en juillet 2024, avait alimenté les espoirs d’un soutien institutionnel massif.
Cependant, la frustration des investisseurs a culminé lorsque le décret exécutif a finalement été publié le 6 mars, et a révélé un contenu bien moins ambitieux qu’anticipé. Ainsi, cette désillusion a pesé lourdement sur le moral des investisseurs.
En parallèle, les données macroéconomiques indiquent un environnement bien moins favorable à un rallye du BTC. L’inflation reste contenue : l’indice PCE a progressé de 2,5 % sur un an aux États-Unis en février, et l’indice CPI de la zone euro a atteint 2,2 % en mars.
Autrement dit, l’un des moteurs historiques du bitcoin (la crainte d’une inflation galopante) s’essouffle. Par ailleurs, le marché de l’emploi américain montre des signes de faiblesse, avec des offres d’emploi proches de leur plus bas niveau depuis quatre ans.
Les rendements des bons du Trésor à deux ans ont chuté à 3,88 %, signe d’un net retour à l’aversion au risque. Un tel capital se dirige vers des actifs perçus comme plus sûrs, et délaisse temporairement les cryptos.
Ce contexte pourrait indiquer un repositionnement durable des investisseurs. À court terme, le bitcoin pourrait continuer d’évoluer dans une zone de consolidation, à moins d’un choc externe majeur. Toutefois, sur le moyen terme, si l’inflation venait à repartir à la hausse ou si un soutien politique plus affirmé au BTC se matérialisait, un nouveau cycle haussier pourrait s’enclencher. En attendant, les opérateurs devront composer avec un environnement macroéconomique plus feutré et un marché crypto revenu à une forme de maturité, où les récits simplistes ne suffisent plus à faire bouger les lignes.
Maximisez votre expérience Cointribune avec notre programme 'Read to Earn' ! Pour chaque article que vous lisez, gagnez des points et accédez à des récompenses exclusives. Inscrivez-vous dès maintenant et commencez à cumuler des avantages.
Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.